Interview sur Forum du développement territorial

Forum 2 2010 Cover

Voici le PDF FORUM 2 2010 (PDF 3MB) et ici de suite un extrait

Garantir la qualité est une tâche permanente de l’aménagement urbain

Qualité et aménagement urbain ne font pas toujours bon ménage. S’il n’existe pas de recette miracle pour réaliser des aménage- ments urbains répondant à des exigences de qualité élevées, certaines incitations et approches encouragent la qualité. Il im- porte par conséquent de les exploiter et de les perfectionner en apportant des idées nouvelles.

Qualité : « aspect sensible et non mesurable des choses », « ce qui fait qu’une chose est plus ou moins recommandable » (Petit Robert 2010). La qualité est une appréciation, un jugement, qui comporte dès lors une part importante de subjectivité.

A priori, la question de la qualité en urbanisme devrait aller de soi car on peut rappeler que l’urbanisme est une évolution des principes d’« organisation esthétique des villes » et d’« embellissement », terminologies qui avaient cours dès le XVIIe siècle.

Pour être tout à fait franc : à la question : « Peut-on garantir la qualité en matière d’urbanisme ? », je répondrais non. En effet, il faut faire preuve d’une certaine réserve et surtout d’une bonne dose d’humilité lorsque l’on aborde ce sujet, très en vogue actuellement.
Nous pouvons néanmoins tendre vers une amélioration de la qualité en matière d’urbanisme. Voici quelques pistes possibles :

La formation 

C’est la clef. Il n’est pas envisageable d’imaginer un urbanisme de meilleure qualité sans une progression en matière de formation.

Or, à l’heure actuelle, l’on constate un certain décalage entre le monde académique qui forme essentiellement des architectes et des géographes, et la réalité du territoire, des villes et des agglomérations qui exigent des formations plus pointues, à l’instar des autres pays occidentaux qui proposent une formation complète d’urbaniste dès le premier cycle universitaire.

Le bouleversement de l’ordre établi (ou l’éloge du projet) 

Le phénomène d’urbanisation a crû en complexité, et ne saurait se résumer aujourd’hui à des processus linéaires et chronologiques tels que l’ont normé

les lois et règlements en vigueur actuellement. Le plateau suisse est passé du « grand jardin » décrit par Jean-Jacques Rousseau à la « métapole » de François Ascher.

Il faut donc miser sur l’itération et l’innovation dans les processus de planification. La structure chronologique et hiérarchique de type planification directrice, d’affectation, de détail puis d’équipement a apporté des éclaircissements mais a aussi montré ses limites dans la réponse à la dynamique du marché immobilier, les attentes des… Suite dans le PDF FORUM 2 2010 (PDF 3MB)

Interview sur le périodique d’urbanisme, d’aménagement et d’environnement Collage

Collage 3 2010 Cover

Collage 3 10 Territoire économie (PDF 2MB) ici de suite un extrait.

COLLAGE (C): Quelles sont les similitudes et les différences entre la crise des années 1990 et la crise actuelle?

PATRICE BULLIARD (PB): Dans les deux cas, la crise a débuté dans l’immobilier, mais dans les années 1990 le ralentissement s’est ensuite propagé aux autres secteurs d’activités et la reprise a pris beaucoup de temps. Aujourd’hui, les secteurs d’activités et les régions évoluent de manière différente et différenciée et la reprise est rapide, tout en se combinant avec des processus d’aggravation, par exemple en ce qui concerne le chômage.

C: Quels sont les traits caractéristiques de la situation actuelle telle qu’elle se présente dans la pratique de votre service?

PB: La Suisse a continué à fonctionner comme valeur refuge sur le marché au cours de la présente récession. L’Arc lémanique en général et la région lausannoise en particulier ont continué durant l’actuelle crise à exercer une attractivité exceptionnelle à l’échelon suisse et européen. En ce qui concerne les surfaces de bureaux, notre service a enregistré un certain tassement de la demande de permis de construire, mais tel n’est pas le cas en ce qui concerne les surfaces commerciales et encore moins en ce qui concerne le logement où le nombre de dossiers déposés reste fort. Après avoir constamment augmenté au cours des dernières années, le nombre total de demandes de permis devrait être au moins équivalent en 2010 à celui de 2009. Mais l’offre de logements reste notoirement inférieure à la demande et ce décalage n’est pas seulement préoccupant en termes quantitatifs. Il pousse les loyers vers le haut et entraîne la démolition d’immeubles encore en bon état et aux loyers bas, au profit de logements nouveaux, aux loyers nettement plus élevés. De plus, il accélère le processus de transformation de logements à louer en PPE.

C: Quelles mesures la Ville de Lausanne prend-elle pour contrecarrer ces tendances?

PB: Si je me limite au logement, qui demeure le secteur où l’offre est de loin la plus faible par rapport à la demande, nous devons agir sur plusieurs tableaux:

  • Développer les terrains propriété de la Ville en situation stratégique en vue d’un meilleur contrôle de la durabilité et du prix des logements offerts sur le marché lausannois; en matière d’acquisition, le problème pour la collectivité demeure l’offre restreinte de surfaces et l’obligation de payer les prix d’un marché foncier soumis à un fort déséquilibre entre l’offre et la demande.
  • Promouvoir la rénovation de logements existants selon des exigences de durabilité accrue.
  • Stimuler la construction de logements; les efforts importants de notre service communal du logement ont permis d’accroître la production de 200 à 300 unités par an. Or, il faudrait arriver à 800. La démarche Métamorphose devrait permettre d’améliorer notre performance. Elle consiste à destiner une part importante du patrimoine foncier communal, aujourd’hui réservé à des activités sportives et de loisir, aux activités mixtes dites urbaines, soit le commerce, le bureau, avec une prédominance de logement. Les études sont en cours mais la planification n’a pas encore abouti et l’offre de logements supplémentaires ainsi créée ne suffira pas à répondre au flux croissant de la demande.

C’est la future révision du plan directeur communal qui nous permettra de nous approcher encore davantage de la cible. Le plan général d’affectation de la Ville, entré en vigueur en 2006, a introduit un régime des droits de bâtir moins contraignant que le précédent. Mais je crois que nous pouvons faire mieux. Le nouveau plan directeur communal doit doter la Ville d’un projet de développement visionnaire qui réponde aux contraintes actuelles et anticipe les problématiques futures. Il devra être élaboré en interaction avec une planification des sites stratégiques menée en parallèle, visant des réalisations concrètes dans une échelle-temps réaliste et une adaptation appropriée du plan d’affectation visant à sa simplification. C’est ainsi que nous espérons contribuer à détendre le marché immobilier et à combattre la hausse des prix du sol tout en garantissant la durabilité et la qualité des projets sur le territoire lausannois.